Les « fonds d’impact » veulent conjuguer la rentabilité et le social

Alter Equity s’apprête à boucler une nouvelle levée de fonds. Cette société de capital-développement qui cherche à concilier rentabilité et impact social positif témoigne de l’engouement croissant pour cette nouvelle classe d’actifs qu’est l’impact investing.

Encore quelques semaines et la société de capital-développement Alter Equity aura bouclé sa levée de fonds, après un premier « closing » de 21 millions d’euros réalisé en septembre 2013 auprès de Bpifrance, BNP Paribas, la région Ile-de-France ou encore la CFDT. « Nous avons repris notre levée de fonds, qui sera clôturée le 20 mars et qui verra l’arrivée de nouveaux investisseurs, aux côtés de ceux du premier tour, lesquels ont complété leurs souscriptions initiales », précise Fanny Picard, fondatrice d’Alter Equity. La preuve que les investisseurs de la première heure demeurent convaincus par le concept de cette société de capital-développement d’un genre bien particulier. « Alter Equity se veut à la fois responsable et rentable. Nous sommes le premier fonds de capital-investissement français à avoir proposé une philosophie d’investissement centrée sur la combinaison de ces deux objectifs », explique Fanny Picard.

Concrètement, Alter Equity investit des tickets de 500.000 à 3 millions d’euros dans des PME dont l’activité a un impact positif sur l’environnement et/ou la société, et qui prennent en compte les critères sociaux, environnementaux et de gouvernance (ESG) dans la conduite de leurs affaires. En effet, pour Alter Equity, pas question d’investir dans une société qui aurait par exemple une activité de recyclage des déchets mais dont les pratiques sociales seraient sujettes à caution. La jeune société de capital-développement va plus loin, qui impose aux sociétés dans lesquelles elle investit de lui présenter, au côté du traditionnel plan de marche financier, un business plan extra-financier destiné à améliorer leur prise en compte des critères ESG.

Un premier investissement de 950.000 euros

Mais, quand on est un actionnaire minoritaire comme Alter Equity, comment imposer à une entreprise de progresser en matière d’ESG, un domaine qui ne figure pas forcément au rang des priorités des PME ? Fanny Picard, qui a commencé sa carrière dans le conseil en fusions et acquisitions chez Rothschild, se veut pragmatique :

« Nous utilisons les leviers efficaces du capitalisme pour favoriser la prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance par les entreprises. Ainsi, nous intéressons financièrement les dirigeants des sociétés dans lesquelles nous investissons à la réussite de leur plan de marche extra-financier. »

Certaines PME sont déjà d’excellentes élèves en la matière. C’est le cas de bo.ho green, le premier investissement – de 950.000 euros – réalisé par Alter Equity, en juin dernier. Non seulement cette jeune entreprise de la région lyonnaise fabrique des produits de maquillage bio à petit prix, afin de permettre au plus grand nombre possible de femmes d’accéder à des produits de beauté meilleurs pour la santé, mais elle emploie en outre une vingtaine de personnes handicapées, verse 1% de son chiffre d’affaires au mouvement de protection de l’environnement One Percent For The Planet, et n’effectue pas de tests sur les animaux.

Une nouvelle classe d’actifs née en 2007

Mais bo.ho green, c’est également une PME qui, après trois ans d’existence seulement, réalise un chiffre d’affaires de 1 million d’euros, en hausse de 25% sur les neuf derniers mois. Des caractéristiques qui ont, elles aussi, toute leur importance, Alter Equity s’étant engagé à servir à ses investisseurs un rendement net de 10%. La société de « cap dév », comme les fonds Citizen Capital et Comptoir de l’Innovation Investissement, constitue un exemple parfait de cette nouvelle classe d’actifs qu’est « l’impact investing », qui allie rendement financier et retour social sur investissement.

Ce concept d’impact investing est né en 2007 aux Etats-Unis, où les mentalités incitent à compter davantage sur les initiatives privées que sur l’Etat. L’impact investing a ensuite essaimé dans d’autres pays, au fur et à mesure que la crise financière de 2008 faisait prendre conscience de la nécessité d’une finance plus éthique. « Je me suis construite autour de valeurs d’altérité, je souhaite œuvrer pour l’intérêt général et j’ai donc cherché à concilier ces aspirations personnelles avec mon activité professionnelle », explique Fanny Picard, qui, après Rothschild et avant de fonder Alter Equity, avait embrayé sur les fusions et acquisitions chez Danone puis chez Wendel.

Un poids de 1.000 milliards de dollars d’ici a 2020

Aujourd’hui, l’impact investing ne pèse encore que 46 milliards de dollars à l’échelle mondiale, une goutte d’eau par rapport aux 210.000 milliards de dollars investis sur les marchés financiers de part et d’autre du monde. Mais les analystes de la banque JPMorgan estiment à 1.000 milliards de dollars le poids de l’impact investing d’ici à 2020. Nombre de gouvernements aux finances exsangues voient donc dans cette nouvelle classe d’actifs une source possible de financement de grandes problématiques de société, comme la dépendance, l’éducation ou la réinsertion professionnelle.Un G8 de l’impact investing s’est d’ailleurs constitué en 2013, qui a produit son premier rapport en septembre dernier, dans lequel il encourage certains pays à mener des réformes réglementaires et fiscales afin de libérer tout le potentiel de l’impact investing.

La France a même son « Davos » de l’impact investing, avec Impact 2, un événement lancé il y a trois par l’entreprise solidaire Comptoir de l’Innovation et qui réunit chaque année près d’un millier de financiers, de patrons et de représentants des pouvoirs publics pour examiner les évolutions mondiales dans ce domaine. En France toujours, l’année 2015 devrait voir les premiers investissements du fonds de fonds d’une centaine de millions d’euros lancé par Bpifrance, afin de soutenir les fonds accompagnant les entreprises à fort impact social. L’impact investing n’en est qu’à ses débuts.

Source : La Tribune

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