Les entreprises familiales et leur vision à long terme, fers de lance de la RSE

Le développement et la transmission sur plusieurs générations sont au coeur des stratégies des groupes familiaux. Cela les conduit à se sentir responsables en matière sociale, sociétale et environnementale.

Une évidence : c’est ainsi que la plupart des groupes familiaux voient l’engagement RSE. « Les entreprises familiales sont ancrées dans le très long terme. Tout, depuis leur gouvernance, jusqu’à leurs relations sociales, leur implantation dans le territoire local ou encore le respect de leur environnement, s’inscrit dans la pérennité. La responsabilité sociale, sociétale et environnementale (RSE) fait intrinsèquement partie de nos valeurs », résume Luc Darbonne, président du Family Business Network (FBN) et PDG de l’entreprise familiale Daregal (herbes aromatiques). « La RSE est profondément inscrite dans les gènes des entreprises familiales, car leur objet est d’oeuvrer pour le long terme et la transmission », confirme Caroline Mathieu, déléguée générale du FBN France. « Nous sommes prêts à engager aujourd’hui des investissements importants en matière de RSE, car ils permettront de réaliser des économies à très long terme. Nous ne sommes pas dans des schémas de sortie où l’on pourrait se dire « le prochain actionnaire s’en occupera » : nous savons que ce sera toujours à « nous » – la famille – de gérer la suite et donc les conséquences de nos actions d’aujourd’hui », explique ainsi Emmanuel Viellard, vice-président et directeur général du groupe Lisi qui a lancé en 2015 un Plan d’excellence HSE représentant 6 millions d’euros d’investissement pour améliorer de façon systématique ses pratiques RSE dans tous les domaines : consommation d’énergie, d’eau, gestion des déchets, etc.

La « NextGen » impliquée

Un rapide survol des plaquettes, des sites commerciaux, des documents de référence ou des chartes de groupes comme Bel, Eram, Lisi, Revol ou Rabot Dutilleul, permet de voir s’afficher en gros caractères les valeurs de la RSE. Mais il ne s’agit pas que de communication. « Les entreprises familiales ne veulent pas prendre de risques en termes de réglementation ou de réputation. Mais c’est avant tout pour elles un élément stratégique offensif, soulignent Christophe Bernard et Anne Garans, tous deux associés chez KPMG. Une étude que nous avons récemment réalisée révèle ainsi que 43 % des entreprises familiales espagnoles considèrent qu’une politique RSE peut leur permettre de faire la différence face à leurs concurrents. »

Le sujet est particulièrement cher à la nouvelle génération – la « NextGen » -, qui prend actuellement le pouvoir dans de nombreuses entités. Olivier Passot, président du groupe porcelainier Revol, évoque ainsi une « prise de conscience personnelle et collective » qui l’aurait conduit à s’interroger sur l’empreinte écologique de son entreprise, dans tous les domaines. « Il y a des incompressibles, mais nous avons le soin, sans cesse, de minimiser notre empreinte et de consommer moins d’électricité, de gaz, de carton, etc. » Quitte, parfois, à « argumenter avec les clients : nous cherchons à limiter le suremballage ou à le relocaliser chez les clients pour, au moins, éviter de transporter du vide jusqu’à l’autre bout du monde ! » indique le PDG de l’entreprise, qui réalise 70 % de son chiffre d’affaires à l’international. Particulièrement délicat, le sujet de l’eau a conduit le groupe à mettre en place deux stations d’épuration internes. « Le traitement de l’eau et des boues qui en sont extraites nous coûte autour de 100.000 euros par an, mais cela correspond à l’idée que nous nous faisons de la place de Revol dans l’environnement », explique Olivier Passot.

Même implication dans le groupe de promotion-construction Rabot Dutilleul qui a posé le sujet de la RSE au coeur de sa stratégie à travers son « projet d’entreprise » de 2014. « Dans notre secteur, la réglementation a avancé par palier, parfois un peu soudain, notamment quand il a fallu mettre en place les réglementations thermiques ou BBC. Mais nous cherchons à aller non pas vers la norme mais « le plus loin possible », explique François Dutilleul, le président du groupe, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 738 millions d’euros en 2014. Nous avons ainsi développé un outil d’éco-conception qui nous propose dans chaque projet des méthodes, des pratiques et des partenaires extérieurs permettant d’aller toujours plus loin vers une construction responsable. »

Réglementation complexe

La démarche a toutefois des limites. Les entreprises se plaignent tout d’abord d’un univers réglementaire qu’elles jugent « très complexe ». « Les directives changent tout le temps, il faut mettre en place des systèmes de veille pour arriver à suivre », illustre Emmanuel Viellard. Dans le bâtiment, le surcoût généré par le respect des priorités environnementales se heurte aussi à la barrière du pouvoir d’achat des investisseurs… « En quinze ans, les produits ont certes totalement changé, mais cela a entraîné une augmentation de l’ordre de 50 % des coûts de production, alors même que nos marges sont plus serrées que jamais, explique François Dutilleul. Notre challenge est aujourd’hui d’aller vers plus d’innovation et de transformation, pour retrouver de la performance et réduire nos coûts. » Dans le secteur très globalisé des arts de la table, Olivier Passot se voit, lui, confronté à une concurrence déloyale. « Les règles du jeu ne sont clairement pas les mêmes, en termes écologiques comme sociaux. Alors que certains de nos concurrents étrangers n’ont aucune considération écologique, leurs produits arrivent à prix cassés et par containers entiers sur notre marché, sans aucune barrière à l’entrée. Où est la logique ? » s’interroge le dirigeant de Revol.


Source : Les Echos

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