«L’entreprise à mission», le modèle prometteur en France ?

FOCUS – «L’entreprise à mission» est un statut qui met sur un même pied d’égalité la performance économique et la contribution au bien commun. Illusoire ? Une étude de Prophil, Viavoice et HEC révèle son potentiel en France.

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Début mai 2017, le président – pas encore élu – Emmanuel Macron effectue son dernier déplacement à Albi et à Rodez, où il est quelque peu chahuté à son arrivée. Il déclare alors, devant les salariés d’une verrerie et ancienne coopérative ouvrière: «Dégager des profits, c’est aussi avoir une responsabilité sociale et environnementale». Quelques mots qui résument bien la saveur d’une «entreprise à mission», dont la définition est très simple: il s’agit de mettre sur un même pied d’égalité la performance économique et la contribution au bien commun. Et surtout, aller «plus loin» que la RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise), un concept un peu hypocrite.

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Dans une étude intitulée «Les entreprises à mission: entreprises de demain?», Viavoice, HEC, et Prophil dévoilent – via des entretiens avec 623 dirigeants et des études de cas – les contours des entreprises à mission, et la place qu’elles occupe(ro)nt en France. Premier enseignement: 15% des dirigeants sondés estiment que leur activité remplit les critères pour prétendre au statut d’entreprise à mission, et 48% estiment que ce modèle devrait rapidement faire des émules. Mais pour cela, encore faut-il que ces «critères» aient un socle juridique! C’est le souhait de 68% des sondés, qui souhaitent attirer l’attention des pouvoirs publics à ce sujet.

 

Utilité et… notoriété

Quels sont les critères à réunir pour prétendre au statut d’entreprise à mission? L’étude dénombre cinq éléments essentiels: l’engagement à produire un impact sociétal, la formalisation d’une mission spécifique et précise, la cohérence de son modèle économique, partager équitablement la valeur créé au cours de cette mission, et enfin évaluer méticuleusement son réel effet. Ainsi, 33% des dirigeants déclarent avoir inscrit dans leurs statuts ou tout autre document formel, leur volonté d’agir au service d’une mission sociétale contribuant au bien commun. Mieux, 78% des dirigeants disent se soucier au quotidien de leur intérêt sociétal, social, ou environnemental.

Naturellement, si les dirigeants sont aussi volontaires et porteurs d’espoir, c’est aussi parce qu’ils ont conscience des intérêts que peuvent leur apporter de tels engagements. Notamment en termes de notoriété: 73% des sondés estiment ainsi que devenir une entreprise à mission va considérablement améliorer la marque employeur et 83% considèrent que cela va optimiser leur image auprès des clients! Mais attention: cette notoriété et cette bonne réputation ne peut point survenir uniquement grâce à une habile communication et des subtilités rhétoriques.

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Les Français ne sont plus dupes: une étude menée par Weber Shandwick en partenariat avec KCR Research révélait il y a quelques semaines que pour une grande majorité de salariés, la «marque employeur» de leur entreprise est, au mieux, en décalage avec la réalité. Au pire, c’est une vaste plaisanterie! Si les bonnes actions, réelles, façonnent effectivement une bonne réputation, il est certain que les mensonges, à l’extrême inverse, peuvent la détruire en un claquement de doigt.

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